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Transition numérique une révolution qui fait BIM !

La relance du bâtiment comme son avenir passeront par le numérique. En proposant de nouveaux outils aussi puissants qu’innovants, les nouvelles technologies sont en train de révolutionner les processus de travail de toute la filière…


La guerre du BIM aura bien lieu

Il en est des révolutions technologiques comme des crises économiques ou des catastrophes climatiques: souvent on ne les voit pas venir et pourtant elles sont inéluctables. Après l’imprimerie, la photographie ou la musique, le bâtiment et le génie civil sont en train de connaitre un bouleversement profond qui changera définitivement la façon de construire : la numérisation des processus de construction.

Longtemps, construire a signifié amalgamer ou agencer des matériaux naturels comme le bois ou la pierre. L’arrivée de la fonte à la fin du 19e siècle puis du béton au début du 20e siècle ont profondément modifié la nature des édifices en ouvrant de nouvelles possibilités : les structures poteau-dalle désormais possibles permettaient de s’affranchir des murs porteurs et de libérer la surface sur un seul plan. L’open space était inventé. Pourtant, si de nouveaux opérateurs et corps de métiers apparaissaient (les producteurs de béton), les processus de construction, même en s’industrialisant, restaient peu ou prou les mêmes.

 

Véritable révolution technologique et culturelle, le BIM bouleverse les méthodes de travail.

 

Le secteur du bâtiment est aujourd’hui en voie de « BIMisation ». Le BIM, (Building information modeling ou modélisation des informations du bâtiment) désigne cet ensemble de processus numériques s’articulant autour de la maquette numérique d’un ouvrage. C’est à la fois un outil technologique extrêmement puissant et une sorte de « maison commune » où chaque acteur de la construction va pouvoir collaborer au projet de façon ouverte, de la phase de conception à celle de l’exploitation en passant par la phase de réalisation. Cette somme de données (big data) est synthétisée dans la maquette numérique, véritable carte d’identité ou « carte vitale » du bâtiment ou de l’infrastructure.

La transition numérique induite par la généralisation de l’utilisation des processus BIM n’implique pas uniquement un changement du support. Ce n’est pas seulement le bon vieux plan papier 2D, auquel va se substituer une maquette digitale 3D, qui est voué à se raréfier sur les chantiers. C’est une toute nouvelle organisation du travail qui émerge. Véritable révolution technologique et culturelle, le BIM bouleverse les méthodes de travail : il réintègre du liant entre tous les acteurs de la construction et les pousse à communiquer entre eux, ce qui ne se fait pas toujours naturellement.

De fait, le BIM ouvre de nouvelles perspectives immenses, en fluidifiant les processus séquentiels pour instaurer une collaboration ouverte, continue et sans rupture. Là où dominaient autrefois des phases séquentielles assez cloisonnées (chaque corps de métier intervenant l’un après l’autre de manière assez étanche), le travail est désormais beaucoup plus transversal et collaboratif : maîtres d’ouvrage, architectes, ingénieurs et entreprises de construction se retrouvent autour de la même maquette numérique. Cela implique une nouvelle distribution des données de l’ouvrage avec une fluidité plus grande : les informations peuvent être partagées et diffusées en temps réel à tous les acteurs d’un même projet.

 

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Les bénéfices attendus de cette transition numérique sont nombreux : une plus grand maitrise de la conception, des coûts, de l’usage des matériaux ; un gain de temps à toutes les étapes grâce à une connaissance technique fine des informations de l’ouvrage et ce, au service de l’amélioration de la qualité de la construction et de la réduction de la sinistralité.

Les premiers retours d’expérience semblent d’ailleurs éloquents. Les Anglo-Saxons, qui sont très en avance, ont déjà des ratios sur les retours sur investissement de l’utilisation du BIM. Ils ont mesuré, il y a deux ans déjà, qu’ils avaient économisé 1,7 milliard de livres sur la construction d’édifices publics. Ils ont également constaté qu’il y a 10 ans 30 % des projets étaient livrés en temps en en heure. Aujourd’hui, c’est 60 % des projets qui sont livrés sans retard. On gagne donc sur le temps. Mais aussi sur le coût: sur un projet d’école élémentaire par exemple, ils sont capables de réduire de 40 % le coût global de la construction.

Et pourtant, il faut croire que plus une révolution est profonde et incontournable, plus elle suscite des réticences sinon du rejet. Malgré les promesses d’une meilleure gestion et la perspective de gains de productivité non négligeables, la transition numérique ne se fait pas sans mal, notamment en France. Elle ne va pas de soi et peine encore à convaincre, à commencer par les architectes. «Plus de deux tiers des architectes n’utilisent toujours pas la 3D» constate Bertrand Delcambre, président du plan de Transition numérique dans le bâtiment (PTNB) (voir interview p. 34). Et de fait, les freins à la transition numérique semblent encore nombreux. L’absence d’information, le coût d’investissement d’un module BIM (environ 10 000 à 15 000 euros par poste de travail), le temps nécessaire à maitriser pleinement l’outil et la peur de s’y mettre: autant d’entraves au développement rapide et spontané de la modéli sation des informations du bâtiment.

En France, l’atomisation très importante des acteurs du secteur de la construction (500 000 entités économiques dont 95 % comprennent moins de 10 salariés) est une difficulté supplémentaire tant sur le plan de l’information et de la pédagogie que sur la contrainte budgétaire nécessaire pour passer au BIM.

DOSSIER-BIM-IT14-6Globalisation oblige, les grandes majors françaises du BTP se sont converties à l’ère numérique depuis maintenant plusieurs années. Car dans de nombreux pays (Scandinavie, Pays-Bas), le BIM est devenu une obligation. Dès 2011, l’Angleterre a annoncé que l’usage de la maquette numérique et du BIM serait obligatoire au 1er janvier 2016. En Allemagne, d’ici à 2020 tous les projets devront être réalisés en BIM… La France, pays pourtant si prompt à réglementer, a choisi pour une fois de ne rien imposer mais plutôt d’inciter les professionnels à passer au numérique.

Sous l’égide du ministère du Logement, les pouvoirs publics ont initié en juin 2014 un plan de Transition numérique dans le bâtiment (PTNB) s’insérant dans une politique plus large de relance de la construction. Doté de 20 millions d’euros, le PTNB a pour vocation d’accélérer le déploiement des outils numériques à l’échelle de l’ensemble du secteur du bâtiment en multipliant notamment les actions de pédagogie et d’information auprès des professionnels et en facilitant l’accès aux outils BIM.

Ce plan non contraignant prévu pour une période de 3 ans, commencera-t-il à endiguer les réticences ? Suffira-t-il à convaincre les entreprises et à les aider à passer à la maquette numérique et au processus BIM ? Il faut l’espérer sans quoi, dans le bâtiment aussi, la fracture numérique sera ouverte et patente, laissant nombre de petits opérateurs à l’écart d’une ère nouvelle et de ses marchés prometteurs.

 


La transition numérique est un atout pour l’habitat durable Interview exclusive d'Emmanuelle Cosse, Ministre du Logement et de l’Habitat Durable

Récemment nommée ministre du Logement et de l’Habitat durable, Emmanuelle Cosse revient pour L’Ingénierie territoriale, sur les principaux enjeux du PTNB et ses effets sur l’habitat en matière de transition énergétique et de développement durable.

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Emmanuelle Cosse, ministre du Logement et de l’Habitat durable.

Pourquoi était-il nécessaire de mettre en place un plan pour favoriser la transition numérique ?

La transition numérique est en marche dans tous les secteurs industriels, et le bâtiment n’y échappe pas. Les acteurs majeurs du BTP en France prennent déjà en main leur transition numérique. 95 % des entreprises du bâtiment en France ont moins de 10 salariés et n’ont donc pas forcément toutes les ressources nécessaires pour suivre la marche en avant. Dans le cadre du plan de relance de la construction, une initiative des pouvoirs publics était souhaitée par les professionnels pour accompagner toutes les structures à se saisir du numérique. Il s’agissait de mettre en avant les bonnes pratiques, mais aussi de développer des outils adaptés à tout type de structure et à tout type de projet, en créant un écosystème numérique de confiance pour tous… dans un souci de modernisation des pratiques professionnelles, mais aussi pour éviter les risques de fracture numérique entre les acteurs.

« L’utilisation du numérique peut être un outil de choix pour la transition énergétique et écologique de la construction.»

Le Royaume-Uni a choisi d’imposer la maquette numérique ; la France a préféré inciter à son utilisation. Est-ce le bon choix ?

La perspective d’une obligation aurait peut-être constitué un facteur d’accélération de la transition numérique. Cependant, compte tenu de la spécificité du secteur en France (une chaîne d’acteurs de petite taille, complexe, et fortement touchée par la crise économique), de la diversité et de la taille des projets (construction neuve, rénovation, gestion/exploitation/maintenance), l’annonce d’une nouvelle obligation aurait certainement été mal perçue. Ceci d’autant plus, que le gouvernement s’est engagé dans un effort de simplification normative et réglementaire, et un allègement des contraintes. Imposer une telle obligation aurait pu également être contre-productive en excluant d’office beaucoup d’acteurs n’ayant pas les ressources et compétences nécessaires.

La filière du BTP est-elle sensible au développement de l’habitat durable ?

Depuis déjà plusieurs années, la filière du BTP s’est engagée résolument sur la voie de la construction durable. C’est indispensable dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, car les bâtiments contribuent pour plus de 20 % aux émissions de GES et sont responsables de 45 % environ des consommations énergétiques. Les efforts des pouvoirs publics et des professionnels ont déjà permis de réduire significativement l’impact énergétique des constructions neuves et de préparer l’horizon des bâtiments à énergie positive (BEPOS). L’utilisation du numérique peut être un outil de choix pour la transition énergétique et écologique de la construction. À ce titre, la transition numérique doit être envisagée comme un atout pour l’habitat durable.

Quelle est la valeur ajoutée des processus BIM en matière d’efficacité énergétique ?

La loi pour la transition énergétique impose au secteur du bâtiment de généraliser progressivement les bâtiments à énergie positive dans le neuf, et d’accélérer le rythme de rénovation des bâtiments existants afin d’atteindre l’objectif de 500 000 logements rénovés par an à partir de 2017. Dans ce contexte, le numérique en général et la maquette numérique en particulier, constituent de nouveaux outils privilégiés et performants qui sont à la portée de tous les acteurs de la filière. Leur champ d’application est vaste puisqu’ils permettent de modéliser les bâtiments, d’effectuer des diagnostics avant travaux de rénovation, d’optimiser les solutions d’isolation thermique, de mieux dimensionner les installations de génie climatique… La mise en oeuvre du numérique dans le bâtiment se concrétisera aussi par l’instauration du carnet numérique de suivi et d’entretien prévu par la loi Transition énergétique.

« Certains organismes HLM ont basculé et adopté l’usage du numérique pour toutes leurs opérations. Je suis avec grand intérêt ce mouvement et souhaite qu’il s’amplifie.»

La transition numérique dans le bâtiment est-elle le gage d’une plus grande qualité de l’habitat ?

Trop de chantiers sont pénalisés par une insuffisance d’anticipation et de coordination entre les intervenants, trop de sinistres sont à déplorer après la réception des ouvrages… En favorisant les échanges d’information entre les acteurs et en s’appuyant sur des maquettes numériques prenant en compte très tôt l’ensemble des contraintes et permettant la détection des conflits au bon moment, la transition numérique peut rendre l’habitat plus « intelligent » à toutes les étapes de sa conception et de sa construction. Elle va ainsi permettre d’améliorer significativement la qualité des projets.

La fracture numérique existe-t-elle aussi dans le bâtiment (notamment dans les logements sociaux) ?

Il est vrai que les grandes entreprises françaises remportent de beaux succès grâce à leur maîtrise des outils numériques, mais cela ne reflète pas la réalité du secteur de la construction en France, où les opérations en BIM restent encore plutôt des exceptions. Un gros travail reste encore à réaliser pour convaincre de la pertinence d’utiliser ces outils à tous les niveaux et pour toutes les échelles de projets. C’est bien là le cœur de la mission fixée au PTNB.

 

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Du côté du parc social, on constate un intérêt grandissant pour l’utilisation des outils numériques tant en construction neuve qu’en rénovation, ou encore pour la gestion et l’exploitation des bâtiments. Des premières expériences convaincantes ont permis à certains organismes HLM de basculer et d’adopter l’usage du numérique pour toutes leurs opérations. Je suis avec grand intérêt ce mouvement et souhaite qu’il s’amplifie, car tout ce qui peut contribuer au développement du logement social en France est pour moi prioritaire.

Quels sont les premiers effets constatés du PTNB ?

Depuis un an maintenant, nous constatons un intérêt grandissant de tous les professionnels de la construction pour le numérique. On parle de mobilisation générale des organisations professionnelles et en particulier de celles qui sont directement associées aux travaux du PTNB : dans chaque sphère des initiatives ont été prises pour encourager et promouvoir l’usage du numérique… en s’appuyant sur une pédagogie de terrain s’inspirant des témoignages et retours d’expérience de plus en plus nombreux et positifs.

Quelles priorités souhaitez-vous développer ou initier à l’avenir ?

Au-delà de l’envie, il faut que les professionnels aient les moyens, en termes d’outils et de compétences, de basculer dans le numérique. La feuille de route du PTNB prévoit de pousser et inciter au développement d’une offre logicielle qui soit adaptée à tous les professionnels, notamment aux TPE/PME et à toutes les interventions sur les projets.

Le besoin de formation se fait de plus en plus pressant : il ne s’agit pas seulement d’apprendre à maîtriser des outils nouveaux, mais aussi à s’en servir dans un cadre beaucoup plus collaboratif avec l’ensemble des partenaires de projet. Enfin, les échanges d’information doivent être standardisés, normalisés et sécurisés. C’est ce que nous avons appelé l’écosystème numérique de confiance.

 


La Transition numérique est en marche ! Interview de Bertrand Delcambre, Président du PTNB

Initié fin 2014 dans le cadre du plan de relance de la construction, le plan Transition numérique dans le bâtiment (PTNB) vise à accélérer le déploiement des outils numériques à l’échelle de l’ensemble du secteur du bâtiment.

Bertrand Delcambre
Bertrand Delcambre

Quelle est la mission du PTNB ?

Le principal objectif est de mobiliser et d’accompagner toute la filière du bâtiment dans une numérisation massive des pratiques, notamment les TPE et PME du secteur. Trois grandes priorités ont été mises en évidence dès le début : la première est de donner envie au plus grand nombre de s’approprier le numérique dans leurs pratiques quotidiennes. La deuxième est d’organiser la montée en compétence des professionnels et de favoriser le développement d’outils adaptés à tous les acteurs et à tous les types de projets. Le troisième axe prioritaire consiste à développer un écosystème numérique de confiance en s’appuyant notamment sur les travaux de normalisation, au niveau de la numérisation des données comme de l’interopérabilité des logiciels.

 

« Encourager, donner envie et accompagner plutôt que de rendre obligatoire.»

DOSSIER-BIM-IT14-12Pourquoi était-il nécessaire de mettre en oeuvre un plan ?

Le plan est surtout destiné à accélérer le mouvement car la transition numérique est déjà en oeuvre. C’est dès aujourd’hui une réalité pour un certain nombre d’acteurs. Nous avons, en France, un secteur du bâtiment assez particulier : on constate une atomisation très importante des acteurs avec 500 000 entités économiques dont 95% sont constitués de toutes petites structures de moins de 10 salariés ; avec une chaîne d’acteurs très nombreux et très divers qui vont de la maîtrise d’ouvrage à la gestion d’exploitation des ouvrages en passant par toutes les strates de la maîtrise d’oeuvre. Tous sont concernés pas la transition numérique. Il s’agit donc d’impliquer tout le monde et d’accélérer le mouvement. La voie a été ouverte par les grands acteurs du bâtiment. Les «majors» françaises remportent des compétitions à l’international en s’appuyant bien évidemment sur les outils numériques. Sur ce plan, les Français n’ont rien à envier aux autres. Nous avons même été précurseurs sur certains points. Il n’y a donc pas d’état d’âme à avoir. La question qui persiste est plutôt celle de la massification, c’est-à-dire faire en sorte que le plus grand nombre de ces 500 000 entités économiques passent à l’utilisation de la maquette numérique et des processus BIM afin que l’usage de l’ingénierie concourante se généralise. Car derrière tout cela, un des défis importants est d’améliorer la qualité de la construction en maîtrisant d’avantage l’information technique. Cette dernière est encore aujourd’hui assez morcelée, et on a encore du mal à la synthétiser parfaitement sur bon nombre de projets, que ce soit au niveau de la conception ou sur la réalisation du chantier.

DOSSIER-BIM-IT14-11La France est-elle en retard en la matière ?

La France n’est pas si en retard qu’on veut bien le dire. De grandes annonces ont été faites par un certain nombre de pays, notamment les Anglais qui en 2011 ont déclaré qu’ils rendraient obligatoire l’usage de la maquette numérique et du BIM au 1er janvier 2016. On s’aperçoit aujourd’hui qu’ils ont fait des choix qu’ils n’auraient peut-être pas faits s’ils n’étaient pas partis aussi tôt. Le fait d’être partis un peu plus tard n’est donc pas forcément un handicap. De plus, quand on regarde ce qui se passe dans les cercles de normalisation internationaux, les Français sont plutôt considérés comme des précurseurs et des porteurs de concepts. Dans le cadre du PTNB, nous sommes d’ailleurs en train d’initier un travail qui permettra de mesurer régulièrement les progrès en termes de pénétration des outils numériques, un « baromètre » du numérique dans le bâtiment. Nous espérons pouvoir présenter cela début avril mais on constate déjà une progression significative. La sensibilisation au BIM s’est généralisée et des groupes de travail se sont mis en place dans toutes les organisations professionnelles. La transition numérique est vraiment déjà en marche !

Ne fallait-il pas, en France aussi, « imposer » le BIM ?

L’Europe a publié une directive en février 2014 mettant en place un cadre réglementaire européen permettant aux États de rendre obligatoire les outils numériques s’ils le souhaitent. Ce n’est pas ce que nous avons choisi. Après avoir analysé la situation et bien pesé les avantages et les inconvénients à l’automne 2014, les pouvoirs publics ont plutôt choisi dans le cadre de ce plan, d’encourager, de donner envie et d’accompagner plutôt que de rendre obligatoire. Je pense que c’est le bon choix. Il n’était pas très opportun en France de rajouter une contrainte supplémentaire à des professionnels qui avaient exprimé une certaine exaspération face aux réglementations et aux normes, et ce à un moment où le secteur souffre économiquement. L’idée directrice était plutôt de montrer et de démontrer qu’avec ces outils numériques, on travaille mieux, plus vite, et qu’ils permettent justement de faire des économies.

DOSSIER-BIM-IT14-10Le premier axe du plan est de convaincre et donner envie. Faites-vous face à un scepticisme important ?

Nous constatons, au niveau des petites structures, un vrai appétit de comprendre les enjeux de cette transition numérique. Mais deux tiers des architectes n’utilisent toujours pas la 3D. Il y a une véritable attente d’information. Les grandes fédérations professionnelles avec lesquelles nous travaillons sont toutes en train d’imaginer des dispositifs de communication et de pédagogie à leur intention. La difficulté n’est pas tant de convaincre que d’arriver à toucher ces 500 000 entités économiques. Il faut accompagner, notamment tous les acteurs de la maîtrise d’ouvrage qui peuvent peser sur l’ensemble des acteurs en aval, en décidant d’utiliser la maquette numérique. Il y a déjà des retours d’expérience allant dans ce sens. Des maîtres d’ouvrage comme Habitat 76 par exemple sont suffisamment convaincus pour avoir pris la décision de généraliser l’usage de la maquette numérique.

Avec qui travaillez–vous pour relayer cette information ?

En premier lieu, les quatorze organisations professionnelles qui constituent le comité de pilotage du plan. Pour chacune d’entre elles, le numérique est à l’ordre du jour à chaque évènement organisé par ses soins. Nous travaillons aussi avec certaines régions comme l’Alsace, l’Aquitaine ou Rhône-Alpes, ayant mis en place des programmes de déploiement de l’outil numérique. Notre objectif est de faire en sorte que cela se généralise sur tout le territoire, de mettre en place un vrai réseau territorial et de l’animer.

DOSSIER-BIM-IT14-13Quels moyens sont dévolus à ce plan ?

Le PTNB est doté de 20 millions d’euros afin de promouvoir cette transition numérique. Le comité de pilotage a défini les orientations stratégiques et la feuille de route. Le secrétariat technique, hébergé par le CSTB, anime et pilote le plan d’un point de vue opérationnel en s’appuyant sur une dizaine de groupes de travail. Cela se traduit par des appels à manifestations d’intérêt ou des appels à projet. Nous avons ainsi lancé l’an dernier un premier appel à projet pour accompagner des maîtres d’ouvrage sur de la construction neuve. Nous avons retenu huit lauréats en fin d’année dernière, en choisissant tout particulièrement des projets de taille relativement modeste. Nous avons également lancé en juillet dernier un appel à projet destiné à renforcer la montée en compétence des professionnels du bâtiment en s’appuyant sur des opérations portées par les territoires et particulièrement. Nous espérons ainsi pouvoir soutenir des efforts de formation continue.

Ce plan court sur combien de temps ?

Le plan est prévu sur trois ans, sur lesquels nous espérons avoir impulsé un progrès significatif. Il y aura certainement encore beaucoup à faire ensuite. Nous nous efforçons déjà d’être le plus efficace possible sur ces trois ans.

 


BIM : carte vitale pour le patrimoine Interview de Laurent Bourlet, ex-DGAS à la ville de Montpellier, Membre de l’AITF Groupe de Travail Bâtiment

Le building information modeling ou BIM regroupe un ensemble de méthodes de travail et des données numériques 3D intelligentes et structurées à propos d’un bâtiment, d’une infrastructure, d’un réseau. Il permet à tous les corps de métier concernés de partager des informations fiables pour construire, entretenir ou rénover.

Laurent Bourlet
Laurent Bourlet

Comment l’usage des BIM s’est-il développé ?

Les BIM datent de plus d’une dizaine d’années. Ils ont commencé à exister dès lors que l’on a pu, avec des ordinateurs, dessiner (DAO), concevoir (CAO) et modéliser. Il y a environ cinq ans, des pays comme les États-Unis, Singapour, l’Allemagne, la Suède et la Grande-Bretagne ont commencé à y recourir, et une directive européenne donne maintenant la possibilité aux États de les imposer. En France, à la suite d’un rapport commandé par Sylvia Pinel, alors ministre du Logement, a été instauré, en janvier 2015, le Plan de transition numérique du bâtiment (PTNB) sous la présidence de Bertrand Delcambre. L’AITF fait partie du comité technique de ce plan. Elle y formule des propositions et émet des avis.

Pourquoi le BIM se développe-t-il actuellement ?

Tout simplement parce qu’il y a nécessité de diminuer les coûts, les délais et d’améliorer la qualité des constructions. Il est donc nécessaire de rationaliser les méthodes de gestion du patrimoine, les méthodes de travail, les outils informatiques et de façon plus générale l’ensemble de la chaîne de construction, rénovation, réhabilitation et maintenance de notre patrimoine.

Quels sont les acteurs impliqués dans les BIM ?

Les BIM concernent tous ceux qui participent à la chaîne que je viens de décrire : le maître d’ouvrage public territorial dans la définition de ses besoins, ses études préalables, mais ensuite les maîtres d’oeuvre (architectes, bureaux d’études), les entreprises tous corps d’État, petites ou grandes, les services instructeurs (permis de construire, préfectures, pompiers, DDTM) et enfin les maîtres d’ouvrage, cette fois gestionnaires de patrimoine, pendant trente, quarante ou cinquante ans, puis à nouveau les maîtres d’ouvrage en cas de rénovation, réhabilitation, etc. C’est l’ensemble de ces acteurs qui doit être mobilisé et le PTNB, il faut l’en remercier, a cette redoutable tâche en étant un facilitateur, un animateur actif.

En quoi le BIM changera-t-il le travail des ingénieurs territoriaux ?

Si nous en restons au domaine de la construction neuve et dans le cadre d’un BIM, toutes les données nécessaires à la réalisation d’un bâtiment sont informatisées : il est donc relativement facile d’y avoir accès. En revanche, pour un immeuble existant, les informations nécessaires à une rénovation, réhabilitation, etc. ne sont pas immédiatement disponibles et pourtant il les faut, mais leur acquisition peut coûter très cher. Pour assurer la maintenance ou l’entretien de ce même bâtiment, il faut encore d’autres informations…

Nous voyons donc que le BIM est une base de données indispensable aux trois familles, aux trois phases d’une bonne gestion patrimoniale : l’Asset management (vision prospective), le property management (la maintenance) et le facilities management (l’entretien).

Cela nécessite de nouvelles méthodes de travail, de nouveaux outils, évitant ainsi les actions répétitives pouvant générer des surcoûts, des erreurs, etc. Concernant les bâtiments existants, nous avons vu que l’acquisition des données coûtait cher : il faudra donc établir des priorités en fonction des types de gestion (Asset, property ou facilities). Cette connaissance technique de nos bâtiments sera complétée par des données financières sur les coûts d’intervention, sur la valeur de cession, etc. C’est donc d’un ensemble BIM et valeurs financières que les gestionnaires territoriaux de patrimoine ont besoin. Mais n’oublions pas que si l’acquisition des données est chère, voire très chère, le patrimoine existant est l’enjeu majeur pour nos collectivités, les constructions neuves ne représentant que quelques pourcents par an. La démarche BIM doit donc être donc soutenue par les collectivités territoriales et nos collègues, car il faut partir du principe basique qu’on ne gère bien que ce que l’on connaît.

 

«… si l’acquisition des données est chère, le patrimoine existant est l’enjeu majeur pour nos collectivités, les constructions neuves ne représentant que quelques pourcents par an…»

Comment favoriser cette transition numérique ?

Derrière les outils, il y a des hommes et il faut les motiver, qu’ils y voient un intérêt : baisse des coûts, travail facilité… Pour obtenir ce résultat, la formation, notamment continue, est indispensable. Le CNFPT doit donc mettre en place des actions dans ce sens, tandis que des écoles d’ingénieurs, d’architectes, du BTP se sont d’ores et déjà engagées dans cette voie. Enfin, les agents des DDTM, des préfectures, les pompiers et globalement tous ceux qui traitent les documents réglementaires doivent également être formés. En somme, toute la chaîne d’acteurs doit être en mesure d’utiliser ces outils.

 

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Et concernant la propriété de ces données, quelles sont les règles ?

On ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion à ce sujet. Nous pouvons en effet imaginer que dans vingt ou trente ans, la grande majorité des bâtiments auront été… « bimés ». Nous pouvons tout aussi bien envisager une généralisation de la connexion d’objets de nos bâtiments (portes, volets, peinture…). Nous aurons alors du « Big Data » et la question sera de savoir à qui appartiennent toutes ces données.

Cette question n’est pas neutre, car ces données auront une valeur marchande, puisque c’est sur elles que se développeront de nouveaux marchés. Google ne vient-il pas d’acheter une société d’entretien de chaufferie ? Enfin, se pose aussi la question de la place de la propriété intellectuelle d’une oeuvre architecturale au sein du BIM, bon nombre de données étant du domaine public (caractéristiques dimensionnelles des portes par exemple). La vente de ce type de données aux maîtres d’ouvrage client ne nous paraîtrait donc pas légitime. Ce sont des points qui devront être discutés. Les intervenants réunis lors de l’atelier du 19 mai (voir encadré) sont des spécialistes et ont largement travaillé sur tous ces sujets : je suis donc persuadé qu’ils sauront répondre à la majorité des questions posées.

 


RENCONTRES NATIONALES DE L’INGÉNIERIE PUBLIQUE, LE 19 MAI 2016 AU PARC DES EXPOSITIONS DE SAINT-ÉTIENNE

Atelier de 14 à 16 h : « Le Bulding Information Modeling (BIM) : une carte vitale pour notre patrimoine ? » (neuf/rénovation/réhabilitation)

  • Bertrand Delcambre, président du PTNB
  • Olivier Celnik, architecte, co-responsable du master BIM à l’École des ponts et chaussées et enseignant à l’École supérieure d’architecture de Versailles
  • Pierre Mit, président de Médiaconstruct

 

Deuxième partie : travaux (neuf/rénovation/réhabilitation et maintenance)

  • Entreprises de la Fédération française du bâtiment: Michel Droin (chargé dossier BIM)
  • Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) : David Morales
  • Région Bourgogne Franche-Comté : Hervé Novel, directeur technique Workshow de 16 h à 17 heures

 

À l’issue de cet atelier de 2 heures, aura lieu un workshow de 1 heure en présence de nombreux éditeurs de logiciels : cette heure sera consacrée à des présentations et des échanges sur le thème du BIM dans les bâtiments existants ou « du nuage de points à la gestion de patrimoine ».


Le BIM, une révolution technologique et humaine incontournable Interview d’Emmanuel di Giacomo

BLOG : HTTP://ABCDBLOG.TYPEPAD.COM

Architecte de formation, ancien élève de Paul Maymont, Emmanuel Di Giacomo, a été responsable chez Autodesk du suivi métho do logique BIM des clients en Europe du sud. Ambassadeur de la transition numérique dans le Bâtiment, il est aujourd’hui responsable du développement des écosystèmes BIM en Europe chez Autodesk.

Emmanuel Di Giacomo
Emmanuel Di Giacomo

La transition numérique semble difficile en France, le Building information modeling (BIM) ne s’impose pas de lui-même ?

Absolument. Ne serait-ce que parce que le BIM est extrêmement vaste. Chez Autodesk, nous nous sommes rapidement rendu compte que le basculement du processus CAO vers un processus BIM était difficile pour les entreprises. Nous avons alors mis en place un suivi méthodologique pour aider nos clients, nous permettant aussi d’avoir des retours d’expérience afin de faire ensuite évoluer la technologie de manière plus adaptée aux pratiques des professionnels. Paradoxalement, une grande majorité des architectes reste encore en retrait. Beaucoup pensent que c’est la volonté des gouvernements ou de groupes d’intérêts de leur imposer de nouveaux outils. Beaucoup aussi confondent BIM et maquette numérique.

 

« Le BIM est une rupture technologique comparable à l’invention de la perspective par Giotto. Cela change la vision du monde.»

Justement, en quoi le BIM ne se résume pas à la maquette numérique ?

La maquette numérique intelligente est la résultante du BIM, processus collaboratif qui va permettre d’optimiser aussi bien la planification, la conception, la construction et la gestion et la maintenance de l’environnement bâti. Car le BIM touche aussi bien les métiers du bâtiment que les métiers de l’infrastructure. Ce processus collaboratif entre tous les acteurs d’un projet permet de définir correctement ce dernier, mieux en maîtriser la conception et les coûts, les quantités de matériaux et sa construction. Pour pouvoir gérer la complexité des nouveaux bâtiments, le BIM est même devenu quasi indispensable.

À vous écouter, on a vraiment la conviction que le BIM est absolument incontournable… Le BIM est une rupture technologique comparable à l’invention de la perspective par Giotto. Cela change la vision du monde. Et ce d’autant plus que le mouvement est international : dans les pays nordiques, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, le BIM est une obligation. En Allemagne, d’ici à 2020 tous les projets publics devront être réalisés en BIM…

Est-ce qu’en France, l’utilisation du BIM aurait dû être rendue obligatoire aussi ?

La position du PTNB est d’inciter et de sensibiliser. De fait, le BIM devient petit à petit incontournable dans les marchés d’appels d’offres publics. L’enseignement du BIM est par ailleurs obligatoire dans les filières STI et filières professionnel les. Ces dernières sont en avance par rapport aux écoles d’architecture. Ces jeunes, qui viennent dans les entreprises et sur le terrain avec leurs logiciels, sont les meilleurs promoteurs du BIM. C’est pour accompagner ce mouvement qu’Autodesk met à disposition gratuitement ses logiciels auprès des étudiants, des écoles, et du corps enseignant que nous formons au BIM.

Quelles sont les solutions spécifiques proposées par Autodesk ?

Le cœur de notre technologie BIM est incarné par Revit, seul logiciel sur le marché à être paramétrique. Nous avons également développé d’autres technologies comme BIM 360 qui permet de collaborer non plus uniquement en mode local mais sur un serveur cloud. Cela permet aux professionnels de travailler à distance autour de la même maquette et d’accéder à tout moment et en tout lieu, sur un chantier par exemple, à des projets d’architecture, de construction et d’infrastructure civile. Cette coordination pluridisciplinaire peut s’opérer au format natif (Revit) mais Autodesk attache une grande importance au format d’échange interopérable IFC intégré par la plupart de nos applications certifiées par buildingSMART International.

Nous proposons aussi d’autres technologies permettant de gérer l’ingénierie structurelle métallique ou l’ingénierie structurelle béton. Nous travaillons beaucoup sur la mobilité, l’accessibilité aux données et les calculs déportés sur le cloud. Les calculs sont ainsi faits sur des serveurs. L’utilisateur n’a plus besoin d’avoir des machines très puissantes et gagne du temps car l’application est libérée et il peut continuer à travailler en parallèle.

Quels sont les principaux freins à la diffusion des processus BIM ?

La peur, le coût, le temps et la complexité. Il est évident que cela bouleverse les équilibres à l’intérieur d’une entreprise ou d’un projet. Là où on avait autrefois des processus séquentiels assez cloisonnés, le travail est désormais beaucoup plus transversal, ce qui implique une redistribution du « pouvoir » avec une fluidité plus grande. Le frein économique est aussi important dans un contexte difficile. Les fourchettes d’investissement pour passer au BIM varient entre 13 000 à 15 000 euros par poste de travail. Cela reste effectivement assez coûteux. Chez Autodesk, nous avons toujours essayé de mettre en place des systèmes d’accès démocratique à la technologie : pour 50 euros par mois, il est possible d’avoir accès à Revit LT, le premier niveau du BIM, avec toutes les fonctions de base de Revit. Autodesk et ses Partenaires arrivent à proposer un kit BIM comprenant logiciel, station de travail et formation à partir de 5 000 euros. Et le gain à terme est énorme. Les Anglo-Saxons ont déjà des ratios sur les retours sur investissement de l’utilisation du BIM. Ils ont mesuré, il y a deux ans déjà, qu’ils avaient économisé 1,7 milliard de livres sur la cons truction d’édifices publics. Ils ont également constaté qu’il y a 10 ans, 30% des projets étaient livrés en temps et en heure.

Aujourd’hui c’est 60 % des projets qui sont livrés sans retard. On gagne donc sur le temps. Mais aussi sur le coût: sur un projet d’école élémentaire par exemple, ils sont capables de réduire de 40 % le coût global de la construction. Reste la problématique du temps. Les métiers de la maîtrise d’oeuvre ont rarement le temps. Une bonne formation se fait au minimum sur 5 jours. Un accompagnement est ensuite nécessaire sur le premier projet, avec des petites formations ad hoc sur des points particuliers.

 

« … aux processus séquentiels se substitue un travail beaucoup plus transversal, ce qui implique une redistribution du “pouvoir” avec une fluidité plus grande. »

logiciel Revit
Bâtiment modélisé par le logiciel Revit

Quels sont les effets des processus BIM en matière de développement durable ?

Les apports en matière de développement durable coulent de source : à partir du moment où l’on met en place des processus BIM, la maquette sera géo-référencée et l’on pourra prendre en compte les aspects environnementaux dès les phases d’esquisses. Ainsi, avec les solutions mises en place par Autodesk, on est capable d’aller chercher les données de la station météorologique la plus proche pour faire des études d’ensoleillement, mesurer l’impact de la radiation solaire sur les façades d’un projet et optimiser dès le départ l’orientation d’un bâtiment. Cela permet d’anticiper le type de matériaux à utiliser sur les façades les plus contraintes, de savoir très précisément où l’on va positionner des panneaux solaires. On peut également simuler des tunnels de vent et anticiper ensuite le potentiel d’énergie éolienne du bâtiment. Les processus BIM permettent donc d’anticiper les performances énergétiques mais aussi de dimensionner précisément, via un logiciel tel que Revit par exemple, tous les systèmes du bâtiment (VMC, climatisation, chauffage…). Quand on parle de développement durable, c’est aussi la maîtrise des matériaux et toute la maintenance à travers la gestion technique du bâtiment qui est en jeu.

Comment pourra-t-on évaluer le succès de la mise en place des processus BIM ?

Au niveau de toute la filière BTP, quand un maçon isolé en région sera en mesure de consulter une maquette numérique sur sa tablette ou sur son Smartphone, et que cela lui sera pleinement utile dans son travail. Cela paraît encore utopique, mais cela sera bientôt très concret : les jeunes générations sont assez sensibles à cette révolution.

 


Faire du BIM un outil de gestion active du bâtiment Entretien avec Jean-Pascal de Peretti, Président d’ENGIE AXIMA

ENGIE Axima est un acteur pionnier en matière de BIM, qu’il conçoit comme un outil dynamique accompagnant la vie du bâtiment.

Jean-Pascal de Peretti
Jean-Pascal de Peretti

ENGIE Axima s’est intéressé au BIM il y a plusieurs années déjà. Aujourd’hui, vous en développez votre propre vision. Pouvez-nous la décrire ?

Notre présence dans les phases de conception, de construction, d’exploitation et maintenance nous ont menés vers une démarche ambitieuse dans ce domaine. Dans nos métiers, nous touchons à tout ce qui est « vivant » dans le bâtiment. Notre vision consiste à rendre le BIM dynamique pour en faire un outil de gestion active du bâtiment et des installations. C’est la vision partagée par le Groupe ENGIE qui place la donnée au cœur de la création de valeur.

 

« En captant des informations documentées et à jour, nous sommes plus réactifs dans nos choix techniques et plus pertinents dans l’anticipation et l’optimisation.»

Votre approche dépasse la simple maquette numérique 3D pour aboutir à une base de données ouverte et évolutive. Toute la différence réside ainsi dans la notion de mouvement ?

Notre vision consiste à animer le BIM, interprété par la plupart des acteurs comme une maquette 3D de conception et construction d’un bâtiment. Axé sur l’architecture, il recense des données captées à un moment M de la vie du bâtiment. Or, un bâtiment n’est jamais statique; il vit, évolue, consomme, interagit avec l’extérieur et avec ses occupants. C’est une masse d’informations en perpétuel mouvement. Le BIM tel que nous le concevons participe et accompagne la vie du bâtiment.

Quels sont les avantages d’une telle conception ?

La récupération et l’incrémentation des données du bâtiment représentent de nouveaux éléments d’aide à la décision pour optimiser la performance des systèmes. En captant des informations documentées et à jour, nous sommes plus réactifs dans nos choix techniques et plus pertinents dans l’anticipation et l’optimisation. Nous pouvons, par exemple, connaître l’empreinte environnementale des installations, mieux estimer les consommations et mieux gérer les flux énergétiques.

Au-delà même de cette gestion optimisée, quels sont les avantages de cette approche en termes d’anticipation ?

Le fait d’être impliqués ainsi, dès la conception du bâtiment et jusqu’à la maintenance, nous permet d’anticiper son exploitation future, de faire des choix techniques moins énergivores et plus efficients.

En quoi le BIM représente-t-il ainsi un saut technologique ?

Il symbolise l’émergence de deux enjeux majeurs dans nos métiers : la transition énergétique et l’essor du numérique. C’est une nouvelle manière de manager les projets en co-conception et en partage d’informations. Le fait de travailler transversalement est fédérateur et structurant. Chacun de nos services peut exploiter les données qui lui sont utiles et capitaliser sur celles fournies par les autres corps d’état. La maquette s’enrichit des informations de chacun. Mais cela néces site des avancées en termes de normalisation. Nous avons monté un groupe de travail interne sur ce sujet et participons à des groupes de réflexion.

Quels sont les enjeux liés à l’ouverture et au partage des données dans ce cadre ?

L’interopérabilité nécessite de réfléchir à un protocole standard d’échanges des données. Chaque acteur d’un projet doit accepter de libérer ses données et de les fournir sous forme d’API (Application Programming Interface) ou dans un format IFC. La capacité d’ouverture des logiciels utilisés par chaque entreprise doit être améliorée. Pour que le BIM soit utile et efficace, chacun doit y participer.

EngieOù en sont vos projets d’expérimentation en la matière ?

Nous avons des références dans le domaine naval et industriel : Le Tribunal de Grande Instance de Paris, La Philarmonie, l’école centrale de Saclay, l’hôpital d’Ajaccio, ITER, le projet de la piscine de Saint-Nazaire, récompensé par le trophée BIM d’Or en 2014. Avant que cela ne soit estampillé « BIM », nous avions déjà utilisé des logiciels ayant recours aux mêmes principes. La performance est un sujet transversal à tous nos métiers. Le BIM en est un vecteur incontournable.

 


Tirer un Plan sur la maquette… numérique

Transformer durablement la filière du bâtiment et l’accompagner dans sa transition numérique. Telle est l’ambition du PTNB, le plan gouvernemental de 20 millions d’euros destiné à accélérer le passage au processus BIM dans la construction. Pour ce faire, Bertrand Delcambre, président du PTNB et son équipe ont identifié trois objectifs à atteindre et trois défis à relever.

CONVAINCRE ET DONNER ENVIE

C’est peu de dire que la transition numérique n’est pas encore totalement généralisée : Si les entreprises relativement bien structurées maîtrisent et utilisent les outils numériques et les démarches associées, les plus petites entités (la grande majorité des structures) sont souvent totalement démunies face à des processus dont elles ne maîtrisent ni la complexité ni les enjeux.

« La maquette numérique est présente dès lors que l’on a affaire à la construction d’un équipement de grande envergure, que ce soit en France ou à l’international. Sur les projets de taille plus modeste, on commence à voir les pratiques du numérique se développer sans pouvoir parler de généralisation pour autant.» constate l’équipe du PTNB.

Un certain scepticisme même, règne quant à l’utilité de ce passage au numérique. Beaucoup ont encore l’impression qu’il s’agit d’une volonté des pouvoirs publics de leur imposer de nouveaux ou tils dont ils n’ont pas l’utilité. Il faudra donc parvenir à toucher chacune de ces entreprises, pour la convaincre de la pertinence de ce passage à l’ère numérique.


LA MAQUETTE NUMÉRIQUE, DES MOTS AUX CHIFFRES

(source batiment-numerique.fr)

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Réticences :
60 % des professionnels du BTP disent être réfractaires à l’idée d’utiliser la maquette numérique.

Temps :
Avec la maquette numérique, la durée moyenne des chantiers est écourtée de 7 %. L’estimation des coûts d’un projet de construction est cinq fois plus rapide qu’avec les méthodes traditionnelles.

Erreur :
La marge d’erreur réduite à moins de 3 %.

Performances :
Les dépassements budgétaires sont diminués de 40 % . La maquette numérique permet d’économiser jusqu’à 10 % de la valeur des contrats.

Économies :
Si les technologies numériques étaient pleinement déployées, elles pourraient engendrer des économies de près de 1 000 milliards d’euros, en France, d’ici 2025.
(Source enquête réalisée par le cabinet McKinsey)


 

La pratique de la maquette numérique et du processus BIM est principalement fonction du rôle respectif des différents intervenants et de la taille du projet auxquels ces processus vont s’appliquer.

RENFORCER LES COMPÉTENCES

Conjointement à ce travail de pédagogie active, un effort important en matière de formation est indispensable. Passer au processus BIM requiert des compétences informatiques et surtout une méthodologie adaptée et rationnelle. Il est avant tout nécessaire d’avoir un logiciel que l’on est en mesure de maîtriser afin de s’enrichir petit à petit de nouvelles compétences. La plupart des professionnels du bâtiment en activité n’ont pas été formés à l’utilisation de ces nouveaux outils numériques. Il s’agit donc d’initier et former, afin que l’investissement en équipements matériels et logiciels BIM ne soit plus perçu comme à fonds perdus et puisse s’engager.

DÉVELOPPER DES OUTILS ADAPTÉS

Tous les acteurs de la filière du bâtiment et de la construction n’ont pas besoin des mêmes outils. La pratique de la maquette numérique et du processus BIM est principalement fonction du rôle respectif des différents intervenants et de la taille du projet auxquels ces processus vont s’appliquer. Les processus de conception et de construction, et les échanges qu’ils impliquent, n’induisent pas les mêmes ressources et applications que l’activité de gestion numérique d’un bâtiment. Les grands projets sont bien évidemment plus complexes et gourmands en matière de big data que les projets de taille modeste. Le BIM possède donc plusieurs niveaux et de nombreuses strates d’échange auxquels correspondent différents types de logiciels. Des outils «prêts à l’emploi » adaptés aux besoins des différents acteurs et à leurs attentes doivent donc être identifiés et mis en place. Bien identifier les besoins rejaillit également sur le volume d’investissement nécessaire.

Prévu pour une durée de trois ans, il y a fort à parier que la tâche sera encore longue lorsque le plan touchera à son terme en 2107. « Il y aura bien sûr certainement encore beaucoup à faire ensuite. Nous nous efforçons déjà d’être le plus efficace possible sur ces trois ans. » confiait Bertrand Delcambre (voir interview p. 34). L’initiative du plan aura au moins eu le mérite d’identifier tous les enjeux de la transition numérique, d’y sensibiliser tous les acteurs, et d’en mesurer les freins mais d’en coordonner aussi la progression. Reste aux acteurs de la construction d’y jouer leur rôle.

 


TROIS DÉFIS MAJEURS À RELEVER POUR ATTEINDRE LES OBJECTIFS FIXÉS

Sur leur site www.batiment-numerique.fr les acteurs du PTNB identifient trois défis majeurs à relever pour assurer la réussite de la transition numérique.

  • 1er défi : ne pas transformer le débat en un échange entre spécialistes. Si nous voulons convaincre, sensibiliser et intéresser le plus grand nombre, nous devons impérativement faire oeuvre de pédagogie auprès de tous les acteurs pour leur démontrer que le sujet les concerne au premier plan et que demain, ce seront eux les acteurs du numérique.
  • 2ème défi : réunir l’ensemble des acteurs du bâtiment et construire une chaine de valeur à la fois transversale et complémentaire. Chacun doit pouvoir apporter sa brique afin que le numérique trouve sa pleine valeur ajoutée quelle que soit la typologie de projet.
  • 3ème défi : passer des paroles aux actes et fournir des éléments crédibles et fiables sur la plus-value que représente l’utilisation du numérique dans les différentes étapes de l’acte de construction et de rénovation. Nous ne pourrons réussir cette mission que si nous avons cette capacité à résoudre l’équation gagnante du numérique.

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Réussir le « BOOM » de l’aménagement territorial grâce à la maquette numérique

DOSSIER-BIM-IT14-52Parmi les promesses du BIM, le « BIM-BAMBOOM » représente avant tout une économie de 1€/m2 en conception et de 20 €/m2 en construction. Mais c’est aussi et surtout, pour les gestionnaires patrimoniaux des ouvrages construits, une économie de 60€/m2 chaque année d’exploitation. Cette possibilité est offerte en remplaçant l’archivage de très nombreux documents par une maquette numérique qui contient à la fois la représentation géométrique du bâtiment et toutes les informations caractérisant les objets qui le constituent.

Ce « BIG DATA » est obtenu grâce aux processus d’enrichissement de la maquette numérique tout au long de la conception puis de la réalisation de l’ouvrage. C’est au BIM Manager d’organiser ces processus, de transcrire dès la maquette de conception le cahier des charges de la future exploitation, puis de veiller à ce que tous les intervenants respectent le protocole de projet BIM.

Ainsi, à la livraison du bâtiment, le BIM Manager met à disposition du maître d’ouvrage une maquette conforme à ses attentes, à la fois donnée d’entrée et support de l’exploitation et de la maintenance.

DOSSIER-BIM-IT14-54Il faut bien sûr mettre à jour la maquette et ses informations tout au long de la vie du bâtiment. C’est pourquoi INGEROP propose ses services pour assurer la formation des équipes d’exploitation, héberger la maquette du bâtiment ou encore assurer ses mises à jour régulières.

 

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Le BIM favorise le travail collaboratif entre les intervenants Entretien avec Christophe Moreau, Directeur Projet Modernisation Métiers

À travers son projet Modernisation Métiers, le groupe Bouygues Construction souhaite développer l’usage du BIM collaboratif pour tous ses projets.

Christophe Moreau
Christophe Moreau

Pouvez-vous en quelques mots nous présenter Bouygues Construction, et son projet « Modernisation métiers » ?
Bouygues Construction est un acteur global de la construction et des services. Présentes dans 80 pays, nos équipes conçoivent, réalisent et exploitent des ouvrages destinés à améliorer au quotidien le cadre de vie et de travail de leurs utilisateurs.

Nos expertises nous permettent d’intervenir sur des projets extrêmement variés : des bâtiments publics (stade vélodrome de Marseille, réhabilitation du Sillon de Bretagne à Nantes…) ou privés (tour First à La Défense…) en passant par les infrastructures de transport (l’aérogare 2 de Roissy-Charles de Gaulle…) jusqu’aux réseaux d’énergie et de communication tels que l’éclairage public de Lille. En développement constant depuis plus de 60 ans, nous sommes aujourd’hui leader de la construction durable. Cette vision du métier, nos 53 100 collaborateurs la mettent quotidiennement au service de nos clients, avec comme objectif commun : bâtir une vie meilleure.

 

« Pour nous, faire un projet en BIM, c ’est d’abord bien comprendre, par un dialogue avec le client, les spécificités du projet et ses enjeux. »

 

Le projet Modernisation métiers de Bouygues Construction a pour objectif de déployer le BIM collaboratif (Building Information Modeling) sur tous nos projets et pour toutes les phases (conception, construction, exploitation) de ces projets ; et plus largement, de nous appuyer sur le numérique pour rendre encore plus efficace la réalisation de nos projets.

Le BIM a 3 définitions complémentaires :

« Building Information Model » ou « Maquette numérique » :
C’est la représentation numérique des composants d’un ouvrage, sous forme d’objets tridimensionnels avec leurs caractéristiques associées, physiques et fonctionnelles.

« Building Information Modelling » :
C’est le processus de génération et d’exploitation des données de l’ouvrage dans cette maquette numérique.

« Building Information Management » :
C’est l’organisation et le contrôle du partage de ces informations de manière collaborative entre les acteurs du projet le long de son cycle de vie.

DOSSIER-BIM-IT14-61Quels sont les enjeux du BIM collaboratif ?

Le BIM favorise le travail collaboratif entre les intervenants (maître d’ouvrage, architecte, bureaux d’études, entreprise générale, entreprises spécialisées), en passant d’un mode « séquentiel itératif » (où chaque acteur ne peut qu’optimiser sa propre production, à partir des options héritées des phases précédentes), à un mode « collaboratif organisé » où il devient possible de mobiliser et mettre d’accord « les bons acteurs au bon moment sur le bon sujet », et ainsi optimiser la qualité, le délai et le coût global du projet.

Les enjeux pour la profession de la construction, comme indiqué par Bertrand Delcambre, président du Plan de transition numérique du bâtiment, sont de :

  • Diminuer les coûts de la construction.
  • Améliorer la qualité des ouvrages et diminuer la sinistralité.
  • Améliorer le processus de construction et la coopération entre tous les acteurs.
  • Moderniser l’ensemble de la filière.
  • Embarquer dans le numérique tous les acteurs, et notamment les PME.

Cela implique-t-il de profonds changements ?

Au-delà de nouveaux apprentissages techniques, la mise en oeuvre du BIM collaboratif entre les acteurs d’un projet implique aussi des changements culturels :

  • L’appropriation de ces nouveaux modes de travail par tous les acteurs.
  • Le fait de penser aux besoins des acteurs suivants dans le cycle de vie de l’ouvrage (par exemple renseigner les propriétés des « objets » qui seront utiles à l’exploitant).
  • Faire évoluer les relations entre les acteurs pour jouer plus « collectif », et créer plus de confiance entre eux.

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Le BIM représente une petite révolution. Pourquoi et comment Bouygues Construction intègre-t-elle le BIM dans ses projets ?

Pour Bouygues Construction, les enjeux essentiels sont de :

  • Renforcer la sécurité, la qualité, et notre compétitivité.
  • Mieux gérer la complexité grandissante de nos projets.
  • Être parmi les leaders des constructeurs mondiaux intégrant la révolution numérique.

Pour nous, faire un projet en BIM, c’est d’abord bien comprendre, par un dialogue avec le client, les spécificités du projet et ses enjeux. Cela nous permet de déterminer les cas d’usage du BIM adaptés à ce projet, c’est-à-dire les modes d’utilisation de la maquette numérique de l’ouvrage pour mieux répondre aux enjeux du projet et pour mieux supporter nos processus d’entreprise.

Quelques exemples de cas d’usage :

  • Réaliser une visite virtuelle de l’ouvrage pour bien le faire comprendre.
  • Extraire automatiquement les quantités de la maquette pour avoir les métrés.
  • Réaliser la synthèse entre les disciplines (structure, lots techniques).
  • Produire les plans de sécurité collective.
  • Constituer le Dossier des Ouvrages Exécutés.

Ces cas d’usage s’appuient sur des logiciels spécialisés, des compétences techniques, et sur une infrastructure informatique adaptée pour pouvoir bien partager les modèles numériques entre les acteurs.

Des progrès sont encore à faire par les éditeurs de logiciels, pour améliorer l’interopérabilité entre les logiciels,
rendre possible la gestion de droits, et introduire la traçabilité des modifications.

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Quels apports et bénéfices les professionnels mais également vos clients attendent-ils ?

Les principaux bénéfices attendus sont :

  • Une meilleure optimisation de la conception des projets en tenant compte des performances à atteindre.
  • Une meilleure lisibilité du projet pour l’ensemble des partenaires, y compris la maîtrise d’ouvrage.
  • Un meilleur accès aux informations pour tous les acteurs.
  • Une meilleure anticipation des difficultés.
  • Une meilleure définition de l’ouvrage à construire avant le démarrage des travaux.
  • Une phase travaux plus fluide.
  • Un transfert amélioré de toutes les informations nécessaires pour la phase d’exploitation.

En France, la profession travaille à organiser les règles de fonctionnement et de management du BIM entre les acteurs (rôles, logiciels, formats d’échanges…), et Bouygues Construction est fortement impliquée dans :

  • L’association Mediaconstruct, où se retrouvent la plupart des acteurs de la construction pour promouvoir les échanges numériques.
  • Le projet national MINnD (modélisation des informations interopérables pour les infrastructures durables).
  • Le Plan de transition numérique du bâtiment.
  • Les instances de normalisation du BIM en France et en Europe.

Une phrase de conclusion ?

Nous sommes convaincus que le BIM dans la construction est une révolution inéluctable, et que la construction est une profession qui va beaucoup évoluer dans les dix ans, à l’instar d’autres industries. Et sans doute dans quelques années, nous nous passerons de plans, car tout le monde trouvera les informations dont il aura besoin dans le modèle numérique de l’ouvrage.

QUELQUES SITES WEB DE RÉFÉRENCE :

www.bimgeneration.com
www.batiment-numerique.fr
www.mediaconstruct.fr
www.minnd.fr

 


Aider les entreprises dans leur transformation numérique Interview de Mr Roland André

DOCAPOST a développé une large gamme de solutions afin de soutenir les entreprises au cours de leur transition numérique, comme la signature électronique.

Roland André
Roland André

Pouvez-vous nous présenter la société Docapost ?

La société Docapost est une filiale de La Poste spécialisée sur l’accompagnement des entreprises dans leur transformation numérique. La société est spécialisée dans les services de confiance numérique et permet à ses clients de digitaliser leur process de gestion tout en assurant la sécurité indispensable dans le monde numérique. Elle réalise un CA de 450 Millions d’Euros et emploie 5 000 personnes.

Vous êtes le directeur général du middle market chez Docapost, quelle est votre offre aujourd’hui ?

Nous fournissons les services numériques aux pros qui ont les mêmes besoins que les grandes entreprises mais qui n’ont pas les moyens de mettre en place des projets transformants.

Nous avons mis en place une plateforme numérique :
www.smartpanda-network.com

Cette plate-forme permet aux pros de digitaliser leur process marketing et gestion de façon simple, intuitive, avec un coût d’accès, correspondant à leur budget. Cette plate-forme sécurisée permet aux pros de :

  • Développer leur business (campagne marketing, création de sites internet…)
  • De gérer leur entreprise (envoi de courrier ou lettre recommandée, gestion de leurs devis factures, signature électronique office 365…)

docapost

 

Votre offre permet-elle aux petites entreprises d’avoir une approche différente de leur gestion, et de leur gestion clients et fournisseurs ?

Les particuliers sont aujourd’hui numérique et ne comprennent pas que les entreprises continuent à utiliser des process complexes et non dématérialisés. Notre offre permet de rentrer dans le monde numérique dans le cadre de la relation clients. La gestion des clients et des fournisseurs devient numérique et simple. La signature électronique permet de signer sur son smartphone les devis ou contrats. L’application devis factures permet d’établir des devis et de les transformer automatiquement en factures avec une gestion automatisée du poste clients. Cette application permet également de préparer et d’envoyer en numérique tous les éléments à l’expert comptable.

« La gestion des clients et des fournisseurs devient numérique et simple. La signature électronique permet de signer sur son smartphone les devis ou contrats.»

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Le tout digital comporte-t-il des risques aujourd’hui ?

Il y a 2 risques majeurs dans le monde digital :

  • L’usurpation d’identité qui peut entraîner de graves problèmes à une entreprise
  • La sécurité des données qui doit être assurée par un hébergement sécurisé et sur le territoire français. Les applications gratuites se financent par le commerce des données et il y a un risque pour les entreprises.

Il faut donc bien étudier les propositions et s’assurer que la confidentialité des données est assurée.

Notre plate-forme permet la vérification de l’identité du gérant et l’hébergement sur les serveurs de Docapost (premier hébergeur de données de santé en France) assurent la confidentialité.

 


REPÈRES

Maileva, filiale du groupe La Poste, propose des solutions sur le marché d’envoi de documents et de courriers à la demande. Elle dispose d’une équipe de chargés de clientèle, de cellules d’expertise avant et après-vente.

L’innovation étant au coeur de sa stratégie de développement, elle possède un département de recherche et développement et un autre consacré à la production qui est dédié à la maintenance et au contrôle qualité de la chaîne de traitement des courriers.

Afin de protéger l’environnement, Maileva utilise notamment du papier issu des forêts durablement gérées, des enveloppes Ecolabel Européen 100% recyclable, et fait collecter ses déchets de production par des entreprises spécialisées dans le recyclage de déchets industriels.

CHIFFRES CLÉS

  • 15 000 clients entreprises – 54 000 utilisateurs
  • 6 centres de production en France et Outre-Mer
  • 85 millions de pages produites en 2014
  • 30,9 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2014 – 13 ans de R&D
  • 1er centre de production page à page couleur en Europe – 7 imprimantes numériques IGEN 150

 

VisualArq

mediaconstruct

 


Transformer les marges d’approximation en marges de manoeuvre Entretien avec Pierre Lustreau, Directeur d’AREMIS

La Société Aremis accompagne les organisations publiques et privées dans la mise en place d’un environnement de travail vertueux et durable.

Pierre Lustreau
Pierre Lustreau

Pourriez-vous nous présenter la société Aremis ?

Depuis plus de 20 ans, les consultants Aremis proposent des solutions innovantes et des experts pour renforcer la gestion durable de l’immobilier et de l’environnement de travail des grandes organisations publiques et privées. Aremis est actuellement implantée en France, Belgique, Suisse et Luxembourg. Grâce à son réseau de franchises et de partenaires, elle accompagne ses clients internationaux dans le reste de l’Europe, aux États- Unis, en Amérique Latine et en Asie. Les experts et les solutions déployées par Aremis couvrent actuellement plus de 45 millions de m² en Europe et dans le reste du monde.

Quels sont les enjeux du responsable d’exploitation de bâtiments vis-à-vis du BIM ?

Les bénéfices du BIM doivent être évalués sur l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment. Ne se limitant pas à la conception / construction, ils servent à mettre en perspective une gestion optimisée de l’exploitation: meilleure efficacité opérationnelle, connaissance accrue et diminution du coût global. Cela implique de repositionner les équipes en charge de l’exploitation dans les dispositifs de gouvernance, et par là casser cette dichotomie Property / Facility franco-française. Le BIM constitue ici un levier formidable en remettant au coeur le bâtiment comme objet pivot des échanges de tous les acteurs qui lui sont rattachés. Nous accompagnons ce type de transformation, en plaçant notamment le « BIM Exploitation » le plus en amont possible, que ce soit dans le cadre de projets neufs ou sur l’existant.

AREMISComment les technologies de gestion de patrimoine se positionnent-elles dans ce contexte ?

Les outils sont une composante essentielle dans une approche BIM, à analyser avec méthode. Concernant la modélisation de la maquette numérique même, l’interopérabilité des logiciels est cruciale. Si un format universel d’échange existe (IFC), s’orienter vers les technologies les plus largement utilisées reste une recommandation.

Le prérequis fondamental pour couvrir la « 6e dimension du BIM1 » est avant tout la structuration des données au sein de la maquette. Des standards éprouvés existent, tels que COBie2. Référence incontournable à l’international, il devrait s’imposer en France.

Viennent enfin les solutions de gestion de patrimoine. Si une partie des informations est portée par la maquette (espaces, inventaires techniques), les autres données de gestion n’ont pas pour vocation de l’être nécessairement : occupation, gammes de maintenance, documentations techniques… La solution métier et la maquette doivent donc pouvoir dialoguer de manière bidirectionnelle. Ensuite, selon le périmètre technico-fonctionnel attendu, les modes d’organisation, différents outils peuvent être indiqués. Nous accompagnons les organisations depuis la définition d’une « charte BIM » jusqu’au déploiement des solutions de gestion de patrimoine et des processus de tenue à jour de l’information.

1. 3D: 3 dimensions de l’espace/4D: donnée « temps » / 5D : donnée « coût ».
2. COBie : Construction Operations Building Information Exchange.

AREMISCHIFFRES CLÉS

  • Aremis c’est 100 consultants répartis sur la France, la Belgique, la Suisse et le Luxembourg.
  • Un réseau de partenaires permettant de rayonner sur l’Europe et le reste du globe.
  • 12 M€ de CA.
  • Des solutions et équipes déployées sur un patrimoine de plus 45 millions de m².
  • Références clients : SNCF, Axa, ADP, BNP, Sanofi, Generali, L’Oreal, GSK, Banque UBS, CNES, Schlumberger, Veolia…

 


Quelle forme d’industrialisation pour le BTP, aujourd’hui et demain ?

Pour concevoir et réaliser des ouvrages performants qui répondent aux objectifs de la transition écologique et améliorer la qualité et les délais de réalisation, VINCI Construction France déploie le BIM au sein de ses filiales.

Vinci ConstructionLa transition écologique s’appuie sur de nouvelles conceptions de bâtiments : adéquation aux nouvelles façons de vivre et de travailler (l’individu connecté anytime-anywhere – partout et tout de suite), meilleur usage des surfaces, mutualisation de locaux et de services, éco-conception avec en particulier une meilleure maîtrise de la matière consommée, l’autoproduction et l’autoconsommation d’énergies renouvelables. La transition numérique se doit d’être au service de la transition énergétique, de la performance durable des ouvrages. Or l’utilisation d’approches digitales, de modélisations et de processus BIM, sera réellement efficace si l’on regarde désormais le bâtiment comme un ensemble de systèmes mettant en jeu des composants, plutôt que comme un ensemble de lots.Les premières orientations qui découlent de ces deux grands mouvements sont les suivantes.

De la flexibilité à la réversibilité du bâtiment, pour une empreinte environnementale minimale.

La décision de construire 1m² est désormais associée à la recherche du meilleur usage de ce m² sur le cycle de vie du bâtiment. Démolir pour reconstruire in-situ est très pénalisant en émissions de CO2. Il s’agit donc de concevoir des ouvrages flexibles (à nature d’usage constant), voire réversibles (avec changement d’usage) pour contribuer aux objectifs de mutabilité de la ville.

Pour assurer une flexibilité maximale des espaces et des volumes, le système constructif qui s’impose, dans le référentiel des normes et règles de l’art actuelles, est un système poteaux-dalles sans retombée de poutre. En effet, l’utilisation de voiles bétons en partitionnement des logements ou des espaces de bureaux limite fortement la flexibilité des espaces.

La façade est non porteuse pour assurer une évolutivité de la façade et par exemple reconsidérer a posteriori l’équilibre entre les parties vitrées et les parties opaques, ou encore mettre en place ultérieurement ou enlever des panneaux producteurs d’énergie (BIPV – Building Integrated Photo Voltaïc) en fonction de l’évolution de l’environnement immédiat du bâtiment et des masques solaires.

La question de la lumière naturelle invite par ailleurs à privilégier des appartements traversants ou doublement exposés, et à remettre en cause les notions de noyau/circulation centrale.

Pour répondre à la mutabilité souhaitée pour la ville de demain, VINCI Construction France a développé une solution réversible qui combine 7 choix clés de façon à pérenniser les investissements et limi ter l’empreinte environnementale des bâtiments neufs sur leur cycle de vie complet: la solution Conjugo®, construire réversible c’est construire durable.

Les systèmes poteaux-dalles et les façades à ossature bois, avec libre choix du parement, sont des éléments favorables pour un meilleur bilan carbone : il s’agit de viser une empreinte environnementale minimale sur le cycle de vie de l’ouvrage. Et l’on sait qu’un bâtiment aura plusieurs vies.

Le béton est utilisé pour les poteaux (qualité structurelle du béton) et pour les planchers, de façon à bénéficier de l’inertie thermique spécifique au béton. Après avoir travaillé à minimiser les besoins et utilisé au maximum les qualités passives du bâti, les systèmes techniques apportent et distribuent l’ultime complément d’énergie nécessaire, qui a été porté à son strict minimum.

L’intégration des énergies renouvelables (EnR) peut se faire dans une démarche BIPV (Building Integrated Photo Voltaïc) en utilisant des films PV dans les vitrages (films PV occultants dans un ensemble vitré transparent) et sur les parois opaques. Lafarge Holcim a développé un principe de coulage de béton fibré directement sur un film PV.

Blue BIM Toobox
La Blue BIM Toobox de VINCI Construction France : lauréate du concours PUCA 2015 BIM Bonnes Pratiques – Processus Concepts Idées Services.

Quels outils et processus de conception pour ces bâtiments vertueux de nouvelle génération ?

Pour concevoir et réaliser des ouvrages performants qui répondent aux objectifs de la transition écologique, et améliorer la qualité, les délais de réalisation, VINCI Construction France déploie le BIM au sein de ses filiales. Pour que ses équipes en études, comme sur les chantiers, puissent constituer et manipuler efficacement des modèles organisés de façon adéquate, et ainsi produire de la valeur avec le BIM.

VINCI Construction France a développé une boite à outils dans l’environnement Revit® d’Autodesk : la Blue BIM Toolbox. Cette boite à outils a été labellisée par le PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture) en 2015.

Travailler avec le BIM est un prérequis pour aller vers la construction virtuelle : réaliser le film du chantier avant le chantier physique et ainsi anticiper les problèmes et lever les risques.

Le modèle BIM de l’ouvrage est également organisé en fonction de son usage ultérieur en maintenance, il constitue la carte vitale ou le passeport numérique de l’ouvrage.

Travailler avec le BIM est un prérequis pour aller vers la construction virtuelle : réaliser le film du chantier avant le chantier physique et ainsi anticiper les problèmes et lever les risques.

Quelles technologies de mise en oeuvre sur le chantier ? Quid de l’impression 3D ?

Après avoir posé les fondamentaux de conception indiqués ci-avant, et doté les équipes des processus et outils de logiciels de conception les plus avancés, vient la question de la mise en oeuvre sur le chantier. Les objectifs de construction durable se déclinent dans la continuité de la conception : sécurité accrue pour les personnels sur le chantier grâce à la construction virtuelle qui offre le maximum de pédagogie et garantit la levée des risques en amont, unicité et précision de l’information servant une qualité de réalisation accrue, rapidité de mise en oeuvre par des flux logistiques définis selon la méthode LEAN comme dans les industries manufacturières, juste consommation de matière et d’énergie.

L’automatisation de l’acte de construire peut s’appuyer sur 4 grandes familles de techniques de réalisation :

  • La préfabrication.
  • La robotique, qui dans certain cas va se substituer à l’acte manuel.
  • La cobotique, qui va prolonger et faciliter l’acte manuel avec plus de sécurité, plus de précision, moins de pénibilité.
  • L’impression 3D, famille des procédés basés sur la synthèse additive («empiler des couches»), pour n’utiliser que la quantité de matière strictement nécessaire, avec une grande précision.

 

Ces différentes solutions peuvent être juxtaposées voire combinées. Techniquement, l’impression 3D avec le matériau béton a encore quelques difficultés à surmonter. Le matériau doit à la fois disposer de la bonne fluidité en entrée pour pouvoir donner la forme, mais doit se figer rapidement en sortie pour éviter l’affaissement de l’ensemble multicouches produit («une superposition de boudins »).

Le renforcement de cet ensemble multicouches pour pouvoir se référer aux normes de construction en béton armé reste à mettre au point, à moins que seuls les bétons fibrés soient utilisés, et qu’on s’affranchisse des armatures ce qui est peu probable. L’impression 3D en métal étant assez complexe, d’autres types d’armatures sont actuellement envisagés.

On constate que l’impression 3D est peu à l’aise quand il s’agit de produire de la masse (pénalisée par le principe même de couches) et qu’elle est en revanche très performante pour les structures réticulaires.

La prise en compte des nouveaux choix de conception, guidés par les objectifs de flexibilité, de sobriété énergétique, de consommation minimale des ressources, d’une part, et l’analyse des atouts et faiblesses de l’impression 3D d’autre part, conduit à penser autrement : exit les voiles porteurs au profit d’une structure qui remplace les poteaux et qui porte des planchers préfabriqués, structure optimale assurant la tenue de l’ouvrage en consommant un minimum de matière et qui peut être mise en oeuvre sans danger, extrêmement rapidement, avec une performance économique élevée.

Vers des changements majeurs de processus et d’outils, de la conception à l’exploitation des ouvrages.

Pour que la transition numérique dans le bâtiment soit au service de la transition écologique, au service de la performance durable des ouvrages, tout en contrubuant à la productivité des entreprises et à la sécurité des personnels, il apparaît donc indispensable de revoir entièrement la chaîne d’information et de bousculer les usages. En premier lieu, il faut d’abord adapter les choix de conception plutôt que chercher à utiliser une technique de mise en oeuvre innovante en la plaquant sur les conceptions traditionnelles. Ensuite, les techniques de réalisation telles que la préfabrication, la robotisation, l’emploi de la cobotique et l’impression 3D sont à coupler pour atteindre les meilleurs équilibres.

 

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